Comment prévenir la relation toxique au travail ?

Les personnalités toxiques sont présentes un peu partout. En entreprise, leurs agissements sont lourds de conséquences : augmentation du stress, de l’anxiété, turnover élevé. Les coûts liés sont importants pour l’entreprise comme pour l’individu. Les comportements toxiques peuvent découler d’une façon de s’organiser (le management par la peur pour tenir les gens sous contrôle par  exemple). Ils peuvent aussi être le fait d’une personne angoissée de perdre son poste, sa position, son pouvoir, son image… et qui du coup met son entourage sous pression. Bien souvent, c’est justement parce que l’organisation comporte des failles que la personnalité toxique peut se déployer et nuire.

De quoi parle-t-on d’ailleurs ? Vous entendrez ce style d’euphémismes : « c’est une personnalité difficile, un fort caractère ». Si effectivement les « forts en gueule » et les ronchons existent, ils ne sont pas pour autant des menaces pour votre bien-être. Les personnes toxiques, si. Une de leurs caractéristiques est qu’elles sont difficiles à détecter justement. Néanmoins, comme dirait le Sphinx, certaines attitudes se retrouvent chez ces nuisibles. J’en détaillerai trois, les plus courantes. Avec en cadeau les réflexes à avoir pour poser vos limites. Agir dès le départ, c’est prévenir les dérives futures et s’affirmer un peu plus.

  1. Le flou le flou le flou

S’il y a une chose qui doit vous alerter c’est le manque de précision. Le flou est le lit des manipulateurs de tout poil en entreprise. Des exemples ? « Oh tu sais ici, tout le monde met la main à la pâte. Ce sera surtout du cas par cas, je ne peux pas répondre précisément car c’est tellement large. Mais ce sera super formateur pour toi tu vas toucher à tout ! ». Ah bon. C’est le moment que choisira votre intuition pour hurler un avertissement du style « N’y va pas ! Ça sent le coup fourré ! ». Comme au même moment votre raisonnement logique prend les commandes, tout ce que vous voudrez entendre sera « Je vais voir plein de choses différentes, je vais avoir de l’autonomie dans mon travail, c’est ça l’esprit start-up !« .

Et ensuite ? Comment faire pour refuser ces tâches parasites qu’on vous collera sur le dos petit à petit « parce que c’est à vous de le faire » ? Si la personne qui vous a recruté, dans ce climat de confiance que vous appréciez tant, change de poste… comment faire avec celui ou celle qui la remplace ? Et le flou pèse autant sur les managés que sur les managers. Comment réagir si quelqu’un de votre équipe refuse de faire sa part alors que vous n’avez pas revu en détail ses tâches, responsabilités et objectifs avec lui ?

Dans la catégorie meilleures réponses floues j’ai d’ailleurs un candidat à l’Oscar : un employé travaille sur sa description de poste. La directive de son boss : « pour moi c’est très clair. Tu dois être la bonne fée qui fait tourner la machine ». Ou comment dire tout et son contraire dans une même phrase ! Non ce n’est pas très clair, c’est flou à souhait puisque c’est interprétable de mille façons… Si à la question « en quoi consiste mon travail ? » vous répondez de manière interprétable (« je dois tout faire » ou « la bonne fée »), bingo, vous êtes dans le flou !

Astreignez-vous à un exercice de questionnement (qui ? quoi ? comment ? combien ? quand ? …) pour vous permettre de comprendre ce qui est attendu de vous, comment travaillent vos collègues et transmettre clairement vos attentes sur le poste. Et documentez les réponses. Si la relation est potentiellement toxique, vous n’arriverez pas à obtenir de réponse claire à ces questions simples. Si votre description de poste est imprécise, proposez de la compléter avant toute chose.

  1. Le complexe de Kaa

Kaa ça vous parle ? C’est un personnage du Livre de la jungle. La version qu’en donne Disney a ceci d’intéressant que le serpent, qui veut bouffer Mowgli tout cru, commence par lui dire qu’il va l’aider sur son souhait le plus cher (rester dans la jungle). Puis il l’endort en fredonnant une mélopée d’anthologie. « Aie confiansssssse, crois en moi, que je puissssssssse veiller sur toi ». Une personne toxique a la même intention. Et s’y prend de la même façon.

Les personnes toxiques se présentent sous leur meilleur jour, elles comblent si vite vos attentes d’harmonie, d’accord sur les valeurs, etc… On a même parfois le sentiment qu’elles en font des caisses ! Quel hasard, cet employé aime l’opéra comme vous. Incroyable, votre chef a exactement le même avis que vous sur l’alimentation vegan. Oui, cela relève de l’utopie. « Enfin un employé qui sait faire rire et qui va me permettre de décompresser ! Je ne vais pas plomber l’ambiance maintenant en lui demandant des comptes sur ce travail qu’il n’a pas fait ». « Enfin une entreprise où ma personne est considérée, je ne sais toujours pas qui fait quoi, mais je suis accueilli à bras ouverts avec tellement d’enthousiasme, ça ne m’était jamais arrivé ».

Restez attentifs aux comportements « trop beaux pour être vrais ». Laissez-vous le temps avant d’accorder votre confiance et de raconter votre vie. Concentrez-vous sur les contenus et échanges professionnels dans un premier temps. Ce qui base une relation de travail, c’est un contrat, un échange : compétences et motivation contre rétribution et ressources de développement. L’harmonie des relations peut venir ensuite (et c’est chouette) mais attention si elle prend immédiatement toute la place, comme dans ces cas où le contrat est réduit à sa plus simple expression car « ici tu sais, on travaille en confiance, c’est l’humain qui compte ». Voire. Car cela distrait l’attention. Pour vous réveiller à temps, objectivez la relation = rapprochez les comportements et les faits, contractualisez la relation de travail, ne racontez pas votre vie en détails à cette personne que vous ne connaissez que depuis peu. L’image de Kaa est un signal puissant qui va vous aider à affiner votre discernement, sans pour autant sombrer dans la paranoïa. Gardez-la en tête pour agir sainement dès le départ.

  1. Une personne toxique parle beaucoup des autres

Pourquoi ? Mon professeur de statistiques introduisait son cours sur l’écart type par cette question : « Comment pouvez-vous être beau ? Facile, il suffit d’avoir des amis moches ! ». Le principe est le même ici. La personnalité toxique parle – longuement – des autres, de ses anciens chefs, collègues, de son entreprise d’avant… Souvent l’historique est incroyablement fourni. Et il n’y a pas de nuance : soit les gens étaient merveilleux, soit ils étaient épouvantables. L’objectif étant : a) de paraître beau (ou intelligent, efficace, plein d’initiatives, modeste, etc.) – en décrivant des gens moches b) de vous hypnotiser.

Eh bien c’est à vous seul qu’il appartient de vous forger une opinion (cf. les 3 singes de mon article http://www.aimertravailler.com/comment-bien-demarrer-dans-son-travail/). Pourquoi devriez-vous vous laisser influencer par les jugements d’un tiers ? Faites les 3 singes et arrêtez poliment votre interlocuteur dans son élan : « Ceci est ton opinion. Je me ferai la mienne tout seul. » Cela suffira à le tenir à distance. Si vous montrez d’emblée que vous seul êtes maître de votre pensée et que vous la baserez sur les faits, Kaa sera K.O. Allez même plus loin. Vérifiez l’information. Vous pourriez être surpris des décalages, car si vous avez affaire à Kaa, il y a fort à parier que l’écart entre réalité et discours soit systématique. Raison de plus pour vous protéger de ses yeux hypnotiseurs et de ses discours vides.

Cela vous est-il déjà arrivé ? Avez-vous pressenti que la relation de travail était toxique ? Quelles parades avez-vous trouvé ?

 

Cet article a 2 commentaires

  1. Avez-vous déjà remarqué que plus un manager – ou employé – affirme avec force…moins il le met en œuvre ?
    Par exemple : « pour moi, la transparence est essentielle », vous pouvez être sûr que c’est de votre transparence qu’il parle, pas du tout de la sienne.
    On trouvera les mêmes valeurs qu’on affiche mais qu’on s’en fiche : l’information, la communication, la responsabilité etc.
    En la matière, « c’est pas celui qui dit qui y est »
    – Si ça revient avec insistance et surtout véhémence, alors méfiance.
    – Si ça revient avec authenticité et surtout modélisation de la part de « celui qui dit », alors banco !

    1. Excellent complément ! Un florilège de ces affirmations martelées me vient en tête : je croule sous le travail, je n’ai jamais menti de ma vie (oui, je l’ai entendu !)… Tout est dans le slogan, mais le soufflé retombe dès que l’on creuse un peu. J’irai même plus loin : c’est par leurs affirmations les plus constantes que les personnes toxiques révèlent leurs plus grandes faiblesses.

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